Euq Ecrap.

..je referme les yeux. Tout est flou, alors à quoi bon les laisser ouverts. Je ne sens presque plus rien, et pourtant je sais qu'elle est là. Cette plaie béante dans mon abdomen, ce trou vide, ce néant, cette absence, anormale. L'étonnant, c'est que même ma chair boursouflée ne me torture plus. Toute sensation s'est évanouie, ne me reste que mon esprit, un océan de calme et de sérénité. Je sais que je n'ai pas tout accompli, mais je sais que tout peut se terminer sans moi. Alors, dans ce noir quasi absolu, je choisis de m'éteindre. Même mon sang qui abreuve la terre, même mes fluides se répandant sur le sol ne troublent plus le silence. Ce silence, c'est ma mort.

Pourquoi ? Comment en suis-je arrivé là ? Cette question s'allume dans mon esprit, une luciole dans la nuit. Cette petite question ravive mon cerveau, réveillant mon activité. Je bouge un peu. Mes entrailles s'étalent un peu plus, mais qu'importe.

Tout à commencé un jour ensoleillé, un jour d'été. Il neigeait, il pleuvait, il grêlait. Les rayons de la lune éclairaient mon visage, et pourtant, la clarté aveuglante de l'Astre Roi me plongeait dans des ténèbres sans nom. Ces paradoxes affolaient mes sens, me paralysaient et m'excitaient.

Elle est arrivée, là, sans prévenir. Elle se tenait sous un arbre, et le désert qui l'entourait la rendait plus belle encore; dans cette forêt, elle semblait si seule, et la foule qui occupait ce sable brûlant glaçait mon âme, car elle semblait inaccessible, alors que je m'approchai d'elle, et la touchai de ma main.

Je me suis perdu dans ses yeux, et le coup de feu a retenti. L'orgasme a pris mes tripes, et l'explosion les a dispersées autour de moi. Mon sang a jailli, bouillon rouge et noir, éclaboussant sa robe blanche et verte, sa robe de pétales de roses. Elle souriait, et le canon de son arme, pointé vers mon crâne, fumait encore. La fumée voila son visage, ou peut-être étaient-ce mes yeux qui se troublaient d'amour et de haine. Puis le soulagement m'envahit, et je m'écroulai à même le sol, tas de chair fumante dont il manquait le bassin. Mais que suis-je ? Est-ce un rêve, un fantasme, un espoir ? Non. Je n'existe que dans l'esprit d'un Dieu malsain, je suis l'élément incontrôlable, la mort de l'imagination, et pourtant, je suis heureux. Je vis, car je meurs, et chaque seconde qu'il me reste à exister est un plaisir immense et une souffrance infinie. Je vis, car je ressens, et tout ce qui a manqué dans mon existence m'est maintenant offert sur un plateau d'or et d'argent. Ce qui a manqué ? La fin.

...et c'est la fin.